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Abricotier

 
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Lulu
Ecrivains

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Joined: 29 Aug 2007
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PostPosted: Sat 8 Sep - 16:52    Post subject: Abricotier Reply with quote

Quote:
Abricotier


- Marie ! j’arrive pas mes devoirs !Marie tourna son regard bleu vers sa petite sœur avachie contre le canapé, son cahier de mathématiques ouvert sur un cousin défraîchi dont la couleur grisâtre s’accordait étrangement avec le ciel sombre qu’on apercevait de l’étroite fenêtre sale du salon.

- Si tu éteignais la télé ça irait déjà mieux, soupira la jeune fille en désignant de son doigt blanc le téléviseur où un couple très chic roucoulait dans un déco studio romantico-fluo.

La petite fille se redressa affichant un air penaud et éteignit le poste, faisant disparaître une ménagère aux formes avantageuses vantant la qualité d’un produit vaisselle quelconque ; puis elle alla s’installer paresseusement sur la grande table de la cuisine où sa sœur achevait de couper un abricot en tranches fines qu’elle lui tendit en guise de goûter.

- Alors, où est le problème ? commença Marie, saisissant d’un geste vif le cahier dont la page du jour était vierge
- Bah partout ! s’écria Eve en croquant avec enthousiasme dans le fruit dont le jus commençait à goutter sur la table, j’dois calculer combien de kilomètres le train A va parcourir, mais j’y arrive pas !
- Avant de dire que tu n’y arrives pas, réfléchis un peu à comment tu pourrais trouver la solution.
- En utilisant un maxi mètre ?

La blonde esquissa un sourire fatigué alors que sa petite sœur s’esclaffait en se balançant allégrement sur sa chaise ; malgré ses dix ans bien tassés Eve restait un gros bébé et ne pouvait s’empêcher lorsque l’occasion se présentait de faire le clown. Même quand leur mère était partie, elle avait réussi à se montrer aussi insouciante et rieuse que d’habitude : ce n’était pas sérieux, maman reviendrait bien un jour ou l’autre, c’était sûrement encore une de ses escapades amoureuses, ça ne durait jamais bien longtemps !

Et puis mourir si jeune, ça n’existe pas.


Tandis que la petite fille se remettait au travail, Marie se tourna vers la fenêtre : c’était encore un dimanche gris, comme leur vie depuis l’enterrement de leur mère, morose. La main contre le carreau glacé, l’adolescente promena son regard sur le parc autrefois verdoyant de la cité, chassant inutilement les mauvais souvenirs comme on chasserait des mouches ; son attention se fixa bientôt sur deux camarades d’Eve qui riaient bruyamment pour mieux attirer les attentions des jeunes garçons qui faisaient pétarader leur mobylette, plus loin.

Des jupes dévoilant leurs genoux noueux, des chaussures à talons compensés qui leur donnaient certainement l’illusion d’être grande, la figure que Marie devinait outrageusement maquillée, le nombril fièrement montré : ces lolitas aux poignets regorgeant de breloques et autres bijoux de plastique ne vivaient que pour et par le regard des autres.

Ce qui rendait si triste la jeune fille pensive de la fenêtre de son cinquième étage, ce n’était pas tant ces gamines écervelées, mais c’était surtout le fait qu’elle se revoyait elle-même en train de minauder pareillement il y a tout juste un an, aussi superficielle et surfaite.


C’était étrange, bizarre de voir combien elle avait changé en si peu de temps ; la force des choses l’y avait poussé : comment s’occuper d’une fillette de neuf ans seule lorsque l’on sèche les cours pour courir les garçons ?

Marie avait toujours déçu sa mère, elle en était persuadée, tout comme la mère de Marie avait déçu la sienne. Au moins lui avait elle fait un cadeau en l’abandonnant face à son sort : elle avait ainsi envoyé violemment valser sa vie minable de fille vulgaire passe partout pour mieux endosser le rôle gratifiant de grande sœur, si longuement ignoré.

Et depuis plus de douze mois, la blonde et vierge Marie veillait sur Eve l’insoumise aux cheveux charbon. C’était assez drôle quand on y pensait !

Les jeunes filles étaient à présent parties, probablement déçues du peu de réaction des caïds aux motos ; Marie se retourna lentement, et fit subitement la moue lorsqu’elle s’aperçut que sa sœur avait bien vite délaissé son livre scolaire visiblement rébarbatif au profit d’une bande dessinée.

Dehors les nuages partaient peu à peu, laissant filer un rai de lumière qui coula dans la petite cuisine, découpant la silhouette frêle de Marie sur sa cadette qui avait levé les yeux, observant timidement sa grande soeur aux cheveux d’or gorgés de soleil à l’air si mélancolique et blasé pour son jeune âge.

- Dis Marie, ça veut dire quoi Bachi-bouzouk ?

A ces mots innocents et incongrus le rire si rare de Marie illumina soudainement l’appartement silencieux, bientôt rejoint par celui de sa jeune sœur qui se précipita dans une étreinte fraternelle et rassurante, abandonnant définitivement ses devoirs ainsi que le reste de l’abricot.

Une fois de plus elles oublièrent le vide maternel de leur logis ; elles étaient deux, elles étaient bien.


Voilà ce qu’était leur vie. Non pas une vie de solitude comme ils le pensaient tous...

Bien au contraire.

Leur vie était une vie d’amour.



Voici donc une de mes nouvelles pour vous faire découvrir, et j'espère apprécier, mon univers. Elle n'est pas parfaite, mais j'ai choisi de laisser ses défauts apparants car j'ai une certaine tendresse pour ce texte. Et pour cause, c'est grâce à "Abricotier" que j'ai remporté le concours de la francophonie organisé dans ma région, section lycéens et etudiants l'année précédente ; C'est donc un texte qui a une grande place dans mon coeur, vous vous en doutez ! Smile Et je pense en outre que si il a pu plaire à un jury et à un public "classique", il vous plaira à vous aussi ... Du moins je l'espère ! :p N'hésitez pas à vous inscrire ici pour lire plus de mes textes et de ceux de mes camarades ! ^___^


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